Soigner autrement

Soigner autrement

(article en cours de rédaction)

 

Le 28 Août 2022, sur France 2, dans le cadre des émissions religieuses du Dimanche matin, a été diffusée une interview du Docteur Alain Toledano, co-fondateur de l’Institut Rafaël, un lieu pilote qui fait écho pour nous, à bien des égards, au Monastère laïc que nous avons créé il y a maintenant plus de 20 ans, en réponse à l’attentat des tours jumelles.

L’archange Rafaël, cher aux trois religions monothéistes, est Celui qui apporte la guérison.

Au Monastère du Gai-rire, il y a 20 ans, nous étions des clowns facétieux au cœur généreux. Aujourd’hui, dans le même esprit, l’Institut Rafaël propose un projet d’importance :

« la Médecine de demain ».

Dans son interview, le Dr Toledano parle d’une « Médecine cognitivo-comportementale » qui sera « intégrative », considérant que l’Autre, face à soi, est au moins aussi important que soi-même. Ne serait-ce pas là le chemin pour apprendre à s’aimer ?

Médecin oncologue et radiothérapeute, il nous dit en substance que, selon Maïmonide, le modèle des anciens Thérapeutes traditionnels, le médecin est là pour réparer les corps, et aussi les âmes. Dans la formation que suivent actuellement des jeunes qui souhaitent devenir médecins, leur permet-on d’être dans la continuité de la médecine traditionnelle où techniques et spiritualité sont associées ?

Soigner seulement des maladies et des organes est-il satisfaisant ?

Lorsque le médecin du corps annonce à une personne qu’elle a un cancer irrémédiable, ou à un fils, que sa maman est atteinte de la maladie d’Alzheimer et qu’elle est condamnée à l’oublier, il serait juste, s’il est aussi un médecin de l’âme, qu’il se demande si il n’y a pas eu un traumatisme antérieur qui n’a pas été réglé et qui s’est réactivé, provoquant ces maladies dégénératives.

Alain Toledano est un médecin particulier : il ne traite pas en priorité les maladies mais prend soin des malades qui sont atteints de ces maladies. Il « prend soin de L’Être », comme l’écrit Philon d’Alexandrie, un contemporain de Jésus qui avait beaucoup fréquenté les Thérapeutes d’Alexandrie (lire à ce sujet « De vita contemplativa » aux Editions du Cerf).

Voici ce que nous dit, en substance, le Docteur Alain Toledano :

Dans notre beau système de santé français, qui rend accessible une médecine technologique pour tous, on voit qu’il y a, malheureusement, beaucoup de gens, patients et soignants, qui sont insatisfaits parce qu’ils attendent autre chose. Soigner des corps, sans se préoccuper des âmes et des personnes, est insuffisant. Bien sûr, il y a une contrainte économique qui s’exerce sur le système médico-social. En notre société actuelle, nous devons être rentables et compétitifs, c’est un fait dont nous devons tenir compte.

Le système médical français actuel, contraint par l’économie sociétale, est un « système à l’acte » qui a tendance à former des « médecins à l’acte » qui, pour être rentables, ne peuvent plus consacrer à chaque patient le temps qu’ils jugent nécessaire. Nombreux sont les médecins qui, débordés par une multitude de tâches et voulant absolument faire leur travail de médecin, souhaiteraient sortir d’un « dynamisme de prescription ».

Aux Pays-Bas, sur 100 visites médicales, seulement 40 patients sortent avec une prescription médicamenteuse. En France, sur 100 visites, c’est le cas pour 90 Patients. Pourtant, on ne meurt pas plus jeune aux Pays-Bas qu’en France !

En France, une boîte de médicaments sur deux est jetée à la poubelle, après que le patient ait lu la notice du médicament qui en indique les effets indésirables possibles, courants ou plus rares. Il y a souvent de quoi être effrayé ! Il s’ensuit que sont jetés à la poubelle, approximativement, en France, 7 milliards d’Euros par an, tout cela parce que notre médecine est prescriptive mais pas intégrative.

Si nous avons bien compris ce que propose Alain Toledano, il ne souhaite rien révolutionner, il essaie simplement, dans l’intérêt général, de faire en sorte que nous passions d’une médecine centrée sur la maladie et les organes à une médecine centrée sur l’individu et son projet de vie, plus efficace et plus rentable.

L’idée est d’arriver à prendre en charge chaque patient, de façon globale, et de co-construire, avec lui, un parcours d’accompagnement coordonné.

Le facteur clef de la qualité, c’est le temps. Un médecin spécialiste manque de temps pour s’occuper longuement et en profondeur de chaque personne qui souffre. Une équipe paramédicale intégrée dans un groupe soudé dispose de plus de temps et les moyens mis en œuvre sont moins onéreux pour la société (le soin d’un cancer, intervention chirurgicale, radiothérapie, chimiothérapie, et tous les autres examens ou techniques mis en œuvre, coûtent à la société, environ 30.000€ par patient).

Le travail de l’équipe de médecins, infirmières, kinés, aides soignantes, aides médico-psychologiques, et « techniciennes de surface », devient plus joyeux et plus efficace. Les équipes sont moins épuisées par toute cette technicité utile, mais bien lourde, à l’évidence, qui se rajoute au poids de l’anxiété des patients, du stress et chagrin des familles, et de la mort inéluctablement présente derrière la porte des Services.

Prendre soin de l’Être, selon nous, au monastère du Gai-rire, demande du cœur et du temps, de l’enthousiasme, de la joie de vivre comme ce qui est donné aux patients par les médecins et acteurs paramédicaux de l’Institut Rafaël.

Un médecin ou un psychologue, selon nous, a le devoir de prendre soin des êtres qui souffrent. N’ont-ils pas, l’un et l’autre, le devoir de prendre soin également de leur propre souffrance face au patient qui souffre, afin de pouvoir véritablement l’aider ?

Il y a souffrance quand il n’y a plus d’espoir. Si la vie de la personne qui souffre n’a plus de sens pour elle, ne peut-on lui redonner l’espoir par une reconnexion à sa propre religion ou à la philosophie ?

« La philosophie est la médecine de l’âme », disait Platon.

La philosophie ne consiste pas à étudier la philosophie, sa finalité est d’apprendre à « aimer la sagesse ». Pour l’instant, en ce monde, sommes-nous des sages ou des fous ? Irons-nous vers la sagesse ou vers la folie ?

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a été créé en 1988 par le programme des Nations Unies. Il est composé de spécialistes qui étudient l’évolution de la vie et du climat sur la planète. Selon leur dernier rapport, ces experts estiment que 30% de la biodiversité a disparu en quelques décades et que si nous n’intervenons pas rapidement, le processus de destruction de notre planète sera irréversible d’ici 3 ans environ.

Serons-nous les acteurs d’un nouveau paradigme ? Quelquefois, la santé et l’espoir, c’est pareil.

Un article du Docteur Aimé de Tousse.

 

L’Institut Rafaël

A l’Institut Rafaël, chaque patient, pendant et après le traitement d’un cancer, ou de toute maladie qui a amené une fragilité psychique et physique, est reçu pendant une heure lors d’un premier entretien dédié. On va voir avec lui tous les aspects de sa vie qui… dysfonctionnent… son travail, par exemple, ses problèmes dans son couple, le fait qu’il ne puisse pas parler à ses enfants, son surpoids, ses douleurs, ses symptômes… et on va l’orienter vers un parcours (travail émotionnel, activités physiques, soins de bien-être), et bien sûr un retour à l’emploi, si possible.

Toutes ces activités n’étant pas financées par notre solidarité nationale, ces soins sont offerts aux patients… et évalués précisément afin de montrer qu’il est plus efficace et rentable de s’occuper globalement de chaque individu, fragilisé par la maladie, par les traitements nécessaires (mais souvent traumatisants) et par l’angoisse d’une rechute, que de prendre en compte uniquement sa maladie.

60 acteurs paramédicaux travaillent main dans la main avec l’équipe médicale. Ils animent des ateliers dans le cadre de 30 disciplines (psychologues, nutritionnistes, cuisiniers, esthéticiennes thérapeutes, art-thérapeutes, sexologues, sophrologues, acupuncteurs, ostéopathes, spécialistes en médecine ayurvédique, … entre autres).

Depuis un an et demi, l’Institut Rafaël a offert 11.500 soins paramédicaux à 1.500 patients qui ont été évalués. Son travail a été d’identifier le problème de chaque patient, et non sa maladie, et de l’accompagner vers un mieux-être, afin que sa vie prenne ou reprenne un sens.

Une relation de confiance s’est établie, cette confiance est venue d’une considération et d’une écoute active à l’égard du patient, et cette confiance des patients a allégé le fardeau de tous et installé la joie dans les services de l’Institut.

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