Morale ou Ethique ?

Extrait du Discours du Pape François prononcé en Irak, à Ur le 6 Mars 2021

« Il est urgent d’éduquer [les jeunes] à la fraternité, de les éduquer à regarder les étoiles.
C’est une véritable urgence ; ce sera le vaccin le plus efficace pour un lendemain de paix. Parce que vous êtes, vous chers jeunes, notre présent et notre avenir ! »

Le Pape François ne critique en aucun cas les vaccins censés enrayer la pandémie due au virus du Covid. Il a simplement réfléchi à la situation et pense, à l’évidence, que les différents vaccins seront insuffisants si nous ne prenons pas la leçon de cette pandémie.

« Nous avons besoin de sortir de nous-mêmes, parce que nous avons besoin les uns des autres. La pandémie nous a fait comprendre que « personne ne se sauve tout seul » (Lett. enc. Fratelli tutti, n. 54). Pourtant, la tentation de prendre des distances par rapport aux autres revient souvent.
Mais « le “sauve qui peut” deviendra vite “tous contre tous”, et ceci sera pire qu’une pandémie. Dans les tempêtes que nous sommes en train de traverser, l’isolement ne nous sauvera pas, la course pour renforcer les armements et pour ériger des murs, qui nous rendront au contraire toujours plus distants et fâchés, ne nous sauvera pas. L’idolâtrie de l’argent, qui enferme sur soi et provoque des gouffres d’inégalités dans lesquelles l’humanité s’enfonce, ne nous sauvera pas. Le consumérisme, qui anesthésie l’esprit et paralyse le cœur ne nous sauvera pas.
La voie que le Ciel indique à notre marche est autre, c’est la voie de la paix. Elle demande, surtout dans la tempête, de ramer ensemble dans la même direction. Il est indigne, alors que nous sommes tous éprouvés par la crise pandémique, et surtout ici où les conflits ont causé tant de misère, que l’on pense avidement à ses propres affaires. Il n’y aura pas de paix sans partage et accueil, sans une justice qui assure équité et promotion pour tous, à commencer par les plus faibles. Il n’y aura pas de paix sans des peuples qui tendent la main à d’autres peuples. Il n’y aura pas de paix tant que les autres seront un eux, et non un nous. Il n’y aura pas de paix tant que les alliances seront contre quelqu’un, parce que les alliances des uns contre les autres augmentent seulement les divisions. La paix n’exige ni vainqueurs ni vaincus, mais des frères et des sœurs qui, malgré les incompréhensions et les blessures du passé, cheminent du conflit à l’unité. Demandons-le dans la prière pour tout le Moyen-Orient, je pense en particulier à la Syrie voisine, martyrisée.
Le patriarche Abraham, qui nous rassemble aujourd’hui dans l’unité, fut un prophète du Très-Haut. Une ancienne prophétie dit que les peuples, « de leurs épées, forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles » (Isaïe 2, 4). Cette prophétie ne s’est pas réalisée ; au contraire épées et lances sont devenues missiles et bombes. D’où le chemin de la paix peut-il donc alors commencer ? Du renoncement à avoir des ennemis. Celui qui a le courage de regarder les étoiles, celui qui croit en Dieu, n’a pas d’ennemis à combattre. Il a un seul ennemi à affronter, qui se tient à la porte du cœur et frappe pour entrer : c’est l’inimitié. Tandis que certains cherchent à avoir des ennemis plus qu’à être amis, tandis que beaucoup cherchent leur propre bénéfice au détriment des autres, celui qui regarde les étoiles des promesses, celui qui suit les voies de Dieu ne peut pas être contre quelqu’un, mais pour tous. Il ne peut justifier aucune forme d’imposition, d’oppression et de prévarication, il ne peut pas se comporter de manière agressive.
Chers amis, tout cela est-il possible ? Le père Abraham, qui a su espérer contre toute espérance (cf. Rm 4, 18) nous encourage. Au cours de l’histoire, nous avons souvent poursuivi des buts trop terrestres et nous avons cheminé chacun pour son propre compte ; mais avec l’aide de Dieu nous pouvons changer en mieux. Il nous revient, humanité d’aujourd’hui, et surtout à nous, croyants de toute religion, de convertir les instruments de haine en instruments de paix… »

Je suis émerveillé d’entendre le discours d’un Pape qui a rencontré, le 4 février 2019 Ahmad Al-Tayyeb, le grand Imam de l’Université d’Al-Azhar. Ensemble, ils ont rédigé une déclaration en arabe, signée par l’un et l’autre. Cette déclaration commence par « Bismillah » : «Au nom d’Allah».
Il est très nouveau qu’un Pape s’exprime en disant « Au Nom d’Allah ». Nous sommes là bien loin d’une parole d’infaillibilité : c’est une manière de reconnaître « qu’il y a plusieurs pièces en la maison de mon Père », comme disait Jésus.

C’est une manière de montrer que nous sommes, aujourd’hui, si nous l’acceptons, prêts à renoncer à avoir des ennemis, prêts à tendre la main à d’autres peuples, à d’autres religions, que nous sommes prêts, avec l’aide de Dieu à changer en mieux. Le Covid nous oblige à cette mutation.
Le 6 Mars 2021, le Pape affirme une fois de plus sa position d’ouverture avec ce discours prononcé à Ur, le lieu où est né Abraham il y a quatre mille ans.

Les médias ont malheureusement très peu fait connaître ces deux « faits divers » extraordinaires.
Ces événements constituent une révolution qui peut nous suggérer de suivre enfin un chemin de fraternité, de responsabilité et de solidarité.

Morale ou Ethique ?

La morale est l’obéissance à un certain nombre de règles, devoirs, ou Commandements, ce qui permet à une Communauté de vivre les mêmes valeurs, tout en ignorant les valeurs d’une autre Communauté.
Elle amène une paix relative au sein d’un même groupe humain, mais cela se fait au prix d’un certain enfermement et crée des « guerres de religion ».
L’éthique, selon Baruch Spinoza, consiste à s’adapter à toute situation, à aller au-delà des notions moralistes de bien et de mal. S’intéresser aux valeurs anthropologiques qui sont celles de l’Autre, payer en sa monnaie, comprendre ses valeurs et les respecter amènera la fin de tout conflit. Contrairement au proverbe, « Bonheur des uns, Malheur des autres », c’est le bonheur de l’Autre, et le fait de le rencontrer qui fera le bonheur de l’Un et notre propre bonheur.

Mais chacun, je crois, tient beaucoup à ses valeurs culturelles, et essaie de demeurer enfermé en sa chapelle.
Mettez, en un lieu neutre, un « pratiquant chasseur » et une « pratiquante végan », vous allez voir le carnage !

La croyance et la foi sont-elles compatibles ?
La morale et l’éthique peuvent-elles cohabiter ?
N’est-il pas temps, tout en restant fidèles à nos convictions profondes, de passer au-delà de la simple morale et d’établir ainsi la paix ?

Des êtres d’exception comme le Pape François, comme le grand Imam Ahmad Al-Tayyeb, ou comme le 14ème Dalaï lama nous montrent le chemin.

frère Abel

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